"De fait, ma masculinité cisgenre associée à ma blanchité ne m’orienta pas vers les savoirs minoritaires. Ainsi, je me suis satisfait, durant cette période, des savoirs dominants transmis par des structures toutes aussi dominantes. C’est à travers ma queerness que cet appétit s’est développé, plus tard, ma rencontre avec Peggy Pierrot (que vous retrouverez à de multiples reprises dans ma programmation) a transformé cet appétit en point de focus. Derrière ce concept de savoirs silenciés, j’entends l’ensemble des savoirs développé par des communautés minoritaires (faire une liste ici serait un échec d’exhaustivité) et le phénomène qui empêche, à la fois, la transmission intracommunautaire de ces savoirs entre générations de personnes concernées et leur curation puis circulation dans les savoirs dits mainstream.
Penser les savoirs silenciés, c’est aussi transformer nos regards sur les pratiques activistes. Médiatiquement, nous nous sommes habitué·e·s à percevoir l’activisme sous le prisme de la colère et de la violence. Et cela de par le caractère manifeste de l’utilisation de l’action directe. Cependant tout le spectre des émotions est en jeu, et l’amour est un des grands oubliés. Car finalement, est-ce que l’activisme ne serait pas l’expression d’un amour (pour sa communauté, ses proches humains et non-humains…) dans un espace-temps violent, « troublé et troublant » ?2 "
Julien Ribeiro
1 — C’est seulement en 1987 (!) que la France autorise la publicité sur le préservatif.
2 — Haraway, D. J. (2020). Vivre avec le trouble. édition les monde à faire.