Dans la continuité de leur résidence Leaves as breaches (field of rumors), les artistes Nina Queissner et Mathis Perron proposent une cueillette sonore et botanique autour du Polygone de Tir de Bourges. Cette promenade au crépuscule est l’occasion d’explorer les lieux de maniére sensorielle : en écoutant et en observant la flore locale. Nina Quiessner et Mathis Perron, artistes en résidence à l’Ursulab se concentrent sur l’étude de l’impact du Polygone de Tir de Bourges sur le paysage sonore et végétal à travers la collecte de sons et de plantes.
Pour leur recherche, Mathis Perron et Nina Queissner considèrent la contingence relationnelle des phénomènes sonores émanant de cette zone comme seule témoin de ses activités secrètes. Grâce à ses échos, le Polygone devient un paysage spéculatif. La pratique de l’écoute, incarnant des aspects nuancés de l’empathie et de la compréhension, s’intègre au domaine des travaux genrés de soin. D’une tendresse attentive, elle s’oppose aux stratégies guerrières de force et de létalité, de l’impact et de l’explosion. La recherche implique ainsi la collecte de sons de différents spectres de l’audible à l’extérieur de la zone des paysages sonores ponctués de détonations.
Parallèlement, les artistes s’intéressent aux pissenlits poussant spontanément autour de la zone. Cette salade sauvage incarne la persistance des usages populaires reléguée aux marges d’un paysage agricole productif et militarisé. Des spécimens sont récoltés et replantés sur une table en acier inoxydable, représentant le champ de tir. Des haut-parleurs ainsi que des excitateurs diffusent des artefacts sonores, influençant la croissance des plantes. La table, entre carte militaire, banquet étrange et terrain de jeu, sera le lieu d’expériences botaniques et sonores, modifiant les formes des feuilles en réponse à divers stimuli. `
Les artistes collaborent pour s’intéresser à la similitude entre le champ de tir, une zone d’exclusion physique, et le territoire constitué de parcelles agricoles qui sont également des champs d’exclusion, bien que visuellement ouverts.
Cette tentative de contre-cartographie spéculative est abordée comme une ré-appropriation du territoire depuis l’extérieur, utilisant des récits, des témoignages, des histoires, et l’observation sensorielle pour documenter et traduire l’environnement militarisé. Le projet vise à revendiquer un usage populaire du territoire dans un paysage militarisé, soulignant les enjeux mondiaux liés aux armements testés sur le Polygone.
