Deux corps sur le plateau ; l’un de chair, l’autre composé de résine. Georges Labbat est ce premier corps, vivant, animé, désirant. Le second, statuaire, ne bouge pas, ne se met à vivre que par les gestes du premier ; sans intervention extérieure, il repose dans son mystère, avec une physionomie à l’image du danseur, qui tente de l’approcher, le manipuler, jusqu’à l’excès, la violence. Entre présence et immobilité, langage et silence, Georges Labbat, danseur vu chez Gisèle Vienne, crée un premier solo/duo des plus troublants. Entre le danseur et son alter-ego se crée une relation qui lentement s’inverse. Inspiré de la lecture de Sacher-Masoch, Self/Unnamed révèle la pluralité des dynamiques de pouvoir entre deux corps, deux vies, à travers plusieurs dualités : ami et amant, mère et enfant, maître ou sujet. Cette pièce explore les limites du désir et de la parole comme les formes variables d’autorité. Il interroge le rapport entre bourreau et victime, l’appropriation de l’autre, sa radicale altérité, son insaisissabilité. La statue de l’un finit par rendre martyre les envies de l’être humain, dans un combat presque fratricide où Georges Labbat approche avec finesse notre besoin d’ascendant sur l’autre, jusqu’à l’impossible consolation de soi, dans une écriture chorégraphique d’une dramaturgie sans faille.
